Quand j'étais encore en vie, j'avais un sentiment assez paranormal

Qui venait souvent jouer avec mes nerfs et remettre en doute ma santé mentale.

Quand je le sentais qui approchait, la moindre chose me rendait paranoïaque,

Comme si toutes mes idées noires venaient m'assomer pour me jeter dans un sac.

 

Elles me disaient que je n'appartenais pas à ce monde, que je n'y avais pas ma place,

Elles me téléportaient ailleurs, j'étais prisonnier d'un immense palais des glaces.

Dedans se tenaient les monologues d'un naufragé sur une île déserte qui parlait

Avec ses fantômes : ses délires, ses regrets, ses peurs, son propre reflet brisé.

 

Dans ces moments-là, mon crâne se transformait en colocation dont les colocataires

Se mettaient constamment d'accord pour me planter dans le décor, tout envoyer en l'air.

C'étaient les monologues du vide, les instants où mon âme semblait passer à la trappe.

Ils étaient méthodiquement machiavéliques, toujours composés de quatre voix, quatre étapes :

 

Un – L'Incompréhension – Pourquoi ne vois-tu pas que ce monde ne veut pas de toi ?

Deux – La Culpabilisation – Tu as dû faire quelque chose de terrible pour mériter tout ça.

Trois – La Raison Tu as un karma catastrophique et rien de ce que tu feras n'y changera.

Quatre – La Conclusion – On est toutes les quatre d'accord : il est temps que tu partes de là.

 

Les trois dernières voix m'ont souvent rappelé les sorcières dans Macbeth de Shakespeare :

Elles me parlait en rêves, habillées avec mes idées noires, pour me conseiller le meilleur du pire.

Je ne sais plus quand sont apparus ces spectres parasites qui ont envahi mon corps jusqu'au cerveau,

Incapable de me souvenir d'un traumatisme capable de déchirer mon âme en quatre morceaux.

 

Les quatre voix résonnaient parfois dans mon corps toute la journée, leurs échos se perdaient

Dans les cavités d'une caverne démesurée où se trouvait une maison abandonnée.

Ses murs étaient fissurés, ses fenêtres brisées et les couleurs des murs venaient de s'enfuir ;

Elle reflétait ce que je voyais de moi-même : un être humain en ruines, un fantôme en devenir.

 

Mes yeux rouges vomissaient des larmes que je cachais derrière mes lunettes de soleil,

Je les chassais mais elles revenaient toujours comme une nuée de corneilles,

Une horde d'oiseaux de mauvais augure qui griffaient mon visage

Pour poser sur ma peau la marque de leurs mauvais présages.

 

C'était devenu difficile de porter mon sourire d'apparence, ce sourire élastique

Que je mettais pour ne pas effrayer quelqu'un avec mes airs d'humain mécanique.

Mon vrai visage était gelé, les émotions suspendues à lui étaient endormies,

Tombées sans s'en rendre compte dans une profonde léthargie, une longue nuit.

 

Comment vivre quand la nuit nous suit partout comme son ombre ?

Comment colmater et durcir son coeur pour éviter qu'il coule, qu'il sombre

Dans les eaux troubles de la mémoire tel un vieux paquebot fatigué,

Quand la nuit est une mer déchaînée qui veut tout emporter.

 

J'avais résisté à l'envie d'arrêter cette mascarade,

À l'envie d'écouter mon ombre pour la suivre de l'autre côté.

Comme si mon âme était fatiguée depuis des années, malade

De ne pas pouvoir s'échapper de ce cauchemar éveillé.

 

L'espoir était devenu pour moi une chimère, une illusion où je me perdais,

Une légende volante qui réussissait toujours à glisser entre mes doigts

Quand j'essayais de l'attraper pour la ramener tout près de moi,

Pour faire éclore des graines de lumière plantées dans l'ombre où j'étais en train de me noyer.

 

Un soir, j'ai eu envie d'aller me cacher du soleil, de me poser dans le silence éternel,

Dans un endroit désert et de ne plus jamais en redécoller.

Un soir, je suis allé m'enfermer à clef dans ma chambre,

Minuit sonnait, minuit sonnait : il était temps d'aller me brûler les ailes.

 

Dans une bouteille d'alcool, j'ai mis tous mes démons et j'ai secoué, j'ai secoué,

Des ombres sont sorties du sol et se sont mélangées à la vodka qui est devenue noire.

J'ai bu ce verre de nuit qui avait un goût de tempête miniature et enragée,

J'ai voulu tout recraché, mais trop tard, trop tard : mon corps s'écroulait déjà dans le soir.