Je me réveille trempé de flammes,

Encore assommé par la fièvre,

De l'écume au bord des lèvres,

Du charbon au bord des yeux,

Des cendres dans les cheveux,

Une frayeur au bord du drame.

 

Des braises de la veille

Crépitent encore dans le lit

Puis s'éteignent sans espoir de repli.

Quelques étincelles font de la résistance,

Une dernière danse

Dans l'incendie qui a embrasé mon sommeil.

 

J'essaie de retrouver le fil de mes pensées,

Des vagues nagent entre les plis du drap,

Une méduse me pique à travers le matelas.

Un flot de souvenirs me matraque,

Et des éclairs craquent

Dans l'ampoule de la lampe de chevet.

 

Je me souviens :

Hier soir, j'ai mis feu à la mer.

 

J'ai craqué une allumette,

Je l'ai jetée sur le plancher,

Sur une bouteille de vodka brisée.

J'ai fermé les yeux pour ne pas voir

Une explosion, une marée noire,

Un orage de pétrole, une nuit sans squelette.

 

Plus rien.

Les murs de la chambre sont gonflés,

L'eau est montée pendant la nuit,

Elle a tout emporté sans un bruit.

La peinture des murs est une peau morte sur le sol.

À travers les vapeurs d'alcool,

Je regarde mes fantasmes partir en fumée.

 

Plus rien.

 

Un raz de marée a balayé ma tranquillité,

Je suis un voyageur qui cherche son chemin,

Je suis un passager clandestin,

Qui se cache dans son propre corps.

Avec une boussole qui n'indique pas le nord,

Je dérive doucement vers l'éternité.

 

Je me souviens :

Hier soir, j'ai mis feu à mes rêves.