Je me réveille dans un sursaut, mes poumons vibrent comme un accordéon frénétique,

Mes yeux sont recouverts par une épaisse couche de neige, mes cils sont des stalactites,

Mes bras et mes jambes suspendus en l'air par des sangles se déssèchent vite,

Allongé sur un lit, je me sens tel un épouvantail planté sur la glace de l'antarctique.

 

Qui est-ce que je suis censé effrayer avec mon air de fantôme congelé ?

Ma famille et mes amis, en plus des autres patients et du personnel médical ?

Pourquoi les fils plantés dans ma peau qui distillent en moi un espoir léthal ?

Pourquoi la respiration artificielle quand chaque bouffée d'air me fait mal ?

 

Pourquoi la machine qui joue mécaniquement la partition des battements de mon coeur ?

Pourquoi cette pensée qui grandit et qui me paralyse que me trouver là est une terrible erreur ?

Si j'avais voulu effrayer quelqu'un, je ne me serais pas caché pour boire tout mon malheur.

Est-ce le poison qui n'était pas assez fort pour m'envoyer de l'autre côté ?

 

Mon corps est aussi froid qu'une nuit dans le désert et étrangement j'ai le sentiment d'être là,

Au milieu d'un désert où il n'y a rien d'autre que le bruit du vent et le ciel qui s'éteint.

Le silence m'enveloppe, les pulsations de mon rythme cardiaque deviennent des échos lointains,

Je suis un navire en pleine dérive, une avalanche d'ombres me fait chavirer dans un coma.

 

La lumière qui enveloppait toute la pièce devient de plus en plus pâle,

Elle ne passe presque plus à travers les persiennes de mes yeux.

Le bateau prend l'eau, des sanglots coulent sur mon visage, je me noie lentement parmi eux,

Mon corps reçoit une dernière dose d'amertume, de quoi couler dans une nuit abysalle.

Les battements de mon coeur s'arrêtent et une sirène stridante s'élève soudain dans le soir,

Plus de lumière pour me guider dans le noir, plus de main tendue pour refaire surface.

Les cris du médecin sont déjà lointains, je sombre dans le vide, là où mon âme n'a pas sa place,

Comme dans ce corps cassé, dans cette chambre d'hôpital où la mort repeind tout en noir.

Des flots de larmes coulent le long de mes joues, mon âme se glisse en elles pour prendre le large,

Elle profite de la marée haute avant que la vie s'évapore et que mon corps devienne un désert.

Elle vogue jusqu'au bord de la fenêtre, sans faire de vagues, si légère qu'elle flotte sur la mer,

Dans un dernier regard, elle dit adieu à son vaisseau qui ne la suivra pas jusqu'à l'autre rivage.