La nuit a enveloppé la ville avec son ombre, le silence est encore plus pesant que durant le jour,

Cela fait des heures que je cherche mon chemin à travers les rues ensevelies et les décombres,

Il est désormais clair qu'il n'y a rien pour moi dans ce labyrinthe où le vide est en surnombre,

Mon âme erre dans des ruines qui se ressemblent toutes, jusqu'à ce que j'arrive à un carrefour.

 

Deux panneaux faiblement éclairés dépassent du sable dans lequel ils sont plantés,

Le premier, Terminus de tous les terminus, indique pile la direction d'où je viens,

Le second, Gare des revenants, pointe vers la direction opposée, la suite de mon chemin,

Recouverte en partie par le sable, la lune éclaire les rails d'une voie ferrée.

 

Jusqu'à présent tous les signes, tous les choix qui se trouvés sur ma route

M'ont invinté à traverser les cercles de mes enfers, à être l'artisan de mon sort.

Après tout, ça se saurait si revenir d'entre les morts ne demandait pas autant d'efforts,

Si ça ne demandait pas de poursuivre son chemin malgré toutes ses erreurs et ses déroutes.

 

A quoi bon faire demi-tour et devenir un fantôme de plus qui hante une ville morte ?

Je ne suis pas sûr que cette gare ne me conduise pas vers un endroit qui serait encore pire,

Je ne peux être sûr de rien mais rester sur place, errer sans fin, serait bien pire que de mourir,

Qui peut savoir ce qu'il y a après chaque tournant, ce qui se trouve derrière chaque porte ?

 

Je ne suis ni un prophète ni un devin pour savoir ce que le destin a tracé sur mon chemin,

Je n'ai pas d'autre choix que de m'aventurer davantage dans ce désert, tenter à nouveau ma chance.

Aucun train à l'horizon, il faut dire que le voyage se fait normalement dans l'autre sens,

Je suis les rails de la voie ferrée sur des kilomètres quand je vois enfin une lumière briller au loin.

 

En m'approchant du point lumineux, j'ai l'impression que mon imagination me joue des tours :

Derrière une dune qui a la taille d'une montagne, des aurores boréales aux reflets bleus

Dansent dans la nuit noire, la dune prend des airs de citadelle qui domine les alentours,

Plantée au milieu de la vaste plaine, elle semble garder le passage entre la terre et les cieux.

 

Comment peut-il y avoir des aurores boréales dans un désert où la journée est une fournaise ?

Le seul moyen d'en avoir le coeur net est encore et toujours d'aller voir de l'autre côté.

Le froid grandit au fil de mon ascension, si le jour j'avais l'impression de marcher sur des braises,

La neige qui remplace le sable et le vent glacial qui se lève me font croire que je les ai rêvées.

 

Je marche le long du chemin de fer qui slalome sur la dune, éclairé par la lumière de la lune,

Il se change sous mes yeux en serpent à la peau argentée qui va rejoindre calmement son nid.

Il avale sur son passage toute forme de vie, jusqu'à ce qu'il n'en reste plus une,

Tout en haut de la dune, sa tête figée dans la glace garde la frontière qui conduit à un autre pays.